Fioretti janvier 2018

Le voyage du Pape François au Chili et au Pérou, ainsi que son Message pour la Journée Mondiale des Communications Sociales marquent les premiers Fiorettis de 2018.

Fioretti du pape François
Opus Dei - Fioretti janvier 2018

La langue est un couteau pour écorcher l’autre

À Sainte Marthe, le 26 janvier 2018 :

« La langue est un couteau pour écorcher l’autre ! Et comment peux-tu transmettre la foi avec un air aussi pollué de potins, de calomnies ? Non ! À l’inverse : vois, celui-ci ne parle jamais mal d’un autre ; cet autre pratique des œuvres de charité, visite des malades. Témoignage ! Pourquoi le font-ils ? Et pourquoi la foi se transmet-elle dans ces cas-là ? Parce qu’on a la foi ; parce que l’on suit les pas de Jésus. Quel mal cause le contre-exemple, qui détruit la foi et affaiblit les gens ! »

La logique du serpent

Message pour la Journée mondiale des communications sociales, publié le 24 janvier 2018, pour la fête de saint François de Sales, patron des journalistes :

« La prévention et l’identification des mécanismes de la désinformation nécessitent un discernement profond et attentif. […] C’est la stratégie utilisée par le ‘serpent rusé’, dont parle le Livre de la Genèse, celui qui, au commencement de l’humanité, est devenu l’auteur de la première fake news (cf. Gn 3, 1-15), qui a conduit aux conséquences tragiques du péché, mises en acte ensuite dans le premier fratricide (cf. Gn 4) et dans d’autres formes innombrables du mal contre Dieu, le prochain, la société et la création. La stratégie de cet habile ‘père du mensonge’ (Jn 8, 44) est précisément le mimétisme, une séduction rampante et dangereuse qui fait son chemin dans le cœur de l’homme avec des arguments faux et attrayants. Dans le récit du péché originel, le tentateur, en fait, s’approche de la femme feignant d’être son ami, de s’intéresser à son bien, et commence le discours avec une affirmation vraie, mais seulement partiellement : “Alors, Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin ?’ (Gn 3, 1) ”. Ce que Dieu avait dit à Adam n’était pas en réalité de ne manger d’aucun arbre, mais seulement d’un arbre : ‘Mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas’ (Gn 2, 17). La femme, répondant, l’explique au serpent, mais elle se fait attirer par sa provocation : ‘Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez” (Gn 3, 2). Cette réponse sait se faire légaliste et pessimiste : ayant donné crédibilité au faussaire, se laissant séduire par son arrangement des faits, la femme se fait corrompre. Ainsi, de prime abord elle prête attention à son assurance : ‘Vous ne mourrez pas du tout’ (v. 4). Puis la déconstruction du tentateur assume une apparence crédible : ‘Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal’ (v. 5). Finalement on en vient à discréditer la recommandation paternelle de Dieu, qui visait le bien, pour suivre l’incantation séduisante de l’ennemi : ‘La femme vit que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable’ (v. 6). Cet épisode biblique révèle donc un fait essentiel pour notre discours : aucune désinformation n’est inoffensive ; de fait, se fier à ce qui est faux, produit des conséquences néfastes. Même une distorsion apparemment légère de la vérité peut avoir des effets dangereux. »

Nous ne pouvons pas faire le “photoshop” aux autres

Angélus du 21 janvier 2018 à Lima (Pérou) :

« Que chacun voie dans son cœur comment est sa vie ; regarde dans ton cœur et tu verras que par moments il y a des choses bonnes, que par moments il y a des choses qui ne sont pas si bonnes, et malgré tout cela, Jésus ne désespère pas de toi. Et du fond de ton cœur, dis-lui : ‘‘Merci ! Jésus, merci parce que tu es venu m’accompagner même lorsque j’étais dans une mauvaise passe.

Je sais qu’il est très beau de regarder les photos retouchées numériquement, mais cela ne sert que pour les photos, nous ne pouvons pas faire le “photoshop” aux autres, à la réalité ni à nous-mêmes. Les filtres de couleurs et la haute définition ne marchent que pour les vidéos, mais nous ne pouvons jamais les appliquer aux amis. Il y a des photos qui sont très belles, mais elles sont complètement truquées ; et laissez-moi vous dire que le cœur ne peut pas se “photoshoper”, parce que c’est là que se joue l’amour véritable, c’est là que se joue le bonheur et c’est là que tu montres ce que tu es : comment est ton cœur ? Jésus ne veut pas que tu te “maquilles” le cœur ; il t’aime comme tu es, et il a un rêve à réaliser avec chacun de vous, […] il ne désespère pas de nous. Et si vous désespérez, je vous invite à prendre la Bible et à vous rappeler et à faire remarquer aux amis que Jésus a choisi ceux-ci, que Dieu a choisis : Moïse, qui était bègue ; Abraham, un vieillard ; Jérémie, qui était très jeune ; Zachée, de petite taille ; les disciples qui, quand Jésus leur demandait de prier, s’endormaient ; Marie Madeleine, une pécheresse publique ; Paul, un persécuteur des chrétiens ; et Pierre, qui l’a renié… qu’il a fait ensuite Pape ; mais Pierre l’avait renié… Et nous pourrions ainsi allonger la liste. Jésus t’aime tel que tu es, tout comme il a aimé ses amis, tels qu’ils étaient, avec leurs défauts, avec leur volonté de se corriger ; mais tel que tu es, le Seigneur t’aime ainsi. Ne te maquille pas, ne maquille pas ton cœur, mais présente-toi devant Jésus tel que tu es pour qu’il puisse t’aider à progresser dans la vie. »

L’art de l’unité n’est pas un art de bureau

À l’aérodrome de Maquehue, au Chili, le 17 janvier 2018 :

L’art de l’unité « n’est pas un art de bureau, ni seulement de documents, c’est un art de l’écoute et de la reconnaissance ». Ainsi l’unité « demande que nous nous écoutions, mais surtout que nous nous reconnaissions mutuellement […] Nous avons besoin les uns des autres à partir de nos différences pour que cette terre continue d’être belle. C’est la seule arme dont nous disposons contre la ‘déforestation’ de l’espérance. C’est pourquoi nous demandons : Seigneur, fais de nous des artisans d’unité. »

Qu’est-ce que Jésus ferait à ma place?, voilà le mot de passe!

À des jeunes, le 17 janvier 2018 à Santiago-du-Chili :

Les jeunes de l’Évangile, qui étaient avec Jean le Baptiste, voulaient savoir comment charger la pile de leur cœur. André et l’autre disciple – qui ne dit pas son nom, et nous pouvons penser que cet autre disciple peut être chacun de nous – cherchaient le mot de passe pour se connecter à celui qui est ‘le chemin, la vérité et la vie’ (Jn 14, 6). Ils étaient guidés par Jean le Baptiste.

« Quand vous allez danser, ou faire du sport, vous serez protagonistes de l’histoire : faire ce que Jésus ferait à ma place! Et courir des risques : soyez courageux! Il y aura toujours une connexion, toujours un chargeur : toujours Jésus, sa mère et une communauté, pas parfaite, mais une communauté… Soyez des Samaritains qui n’abandonnent personne sur le chemin… Soyez des Cyrénéens qui aident Jésus à porter sa croix… Comme Zachée qui a laissé Jésus transformer son coeur matérialiste en un coeur solidaire… Comme Madeleine… Comme Pierre, … pour abandonner les filets… Comme Jean, pour placer en Jésus vos affections… Et la disponibilité de Marie, notre mère… Demandez-vous : ‘qu’est-ce que Jésus ferait à ma place?’, voilà le mot de passe! Utilisez-le, comme cela vous ne l’oubliez pas! »

Ne prions pas comme des perroquets

À Sainte-Marthe, le 12 janvier 2018 :

« Chaque fois que nous nous approchons du Seigneur pour lui demander quelque chose, nous devons partir de la foi, et le faire avec foi : “J’ai la foi que tu peux me guérir.”, et avoir le courage de le défier, comme le lépreux d’hier, ou comme le paralytique […] L’Évangile nous porte à nous interroger sur notre manière de prier. Sans le faire comme des perroquets, sans mettre beaucoup d’intérêt dans ce que nous demandons. Au besoin supplions le Seigneur d’aider notre faible foi, y compris dans les moments difficiles. Il y a tant d’épisodes de l’Évangile qui nous montrent combien il est difficile de s’approcher du Seigneur, quand on traverse une passe difficile. Et que ceci nous serve de leçon, pour chacun d’entre nous. Le paralytique de l’Évangile de ce jour est descendu du toit, pour permettre à son brancard de parvenir près du Seigneur, qui prêche au milieu d’une foule très dense. La volonté permet de trouver une solution, de dépasser les difficultés »

Les Mages ne se sont pas contentés de vivoter

Homélie de la messe pour l’Épiphanie, le 6 janvier 2018 :

« Les mages voient l’étoile, ils marchent et ils offrent des présents. Voir l’étoile. C’est le point de départ. Mais pourquoi, pourrions-nous nous demander : seuls les mages ont-ils vu l’étoile ? Peut-être parce que peu nombreux sont ceux qui avaient levé le regard vers le ciel. Souvent, en effet, dans la vie on se contente de regarder vers le sol : la santé, un peu d’argent et quelques divertissements suffisent. Et je me demande : nous, savons-nous encore lever le regard vers le ciel ? Savons-nous rêver, désirer Dieu, attendre sa nouveauté ; ou bien nous laissons-nous emporter par la vie comme un rameau sec au vent ? Les mages ne se sont pas contentés de vivoter, de surnager. Ils ont eu l’intuition que, pour vivre vraiment, il faut un but élevé et pour cela il faut avoir le regard levé. »

Un style de vie qui ne soit pas schizophrène

Discours à l’Association italienne des enseignants catholiques, le 5 janvier 2018 :

« Il s’agit d’éduquer à un style de vie fondé sur l’attitude de la sauvegarde de notre maison commune qu’est la création. Un style de vie qui ne soit pas schizophrène, c’est-à-dire qui, par exemple, prenne soin des animaux en voie d’extinction mais ignore les problèmes des personnes âgées ; ou qui défende la forêt amazonienne mais néglige les droits des travailleurs à un juste salaire, etc. C’est de la schizophrénie. L’écologie à laquelle il faut éduquer doit être intégrale. Et surtout l’éducation doit viser le sens de la responsabilité: non pas transmettre des slogans que d’autres devraient mettre en pratique, mais susciter le goût d’expérimenter une éthique écologique en partant de choix et de gestes de vie quotidienne. Un style de comportement qui, dans la perspective chrétienne, trouve sens et motivation dans la relation avec Dieu créateur et rédempteur, avec Jésus Christ centre du cosmos et de l’histoire, avec l’Esprit Saint source d’harmonie dans la symphonie de la création. »