Le peuple né de la Croix

Le signe de Croix nous dit que, dans le monde, il y a un amour plus fort que la mort, plus fort que nos faiblesses et nos péchés. Au pied de la Croix, Sainte Marie connaît une nouvelle maternité, participant définitivement à l'amour rédempteur de son Fils. Voici quelques considérations pour alimenter notre contemplation de la Croix glorieuse, fêtée le 14 septembre.

Temps liturgique
Opus Dei - Le peuple né de la Croix

Le sommet modeste du Calvaire a atteint, grâce à la croix de Jésus, une hauteur éminente

Le rocher froid s’est enflammé d’amour ; la terre aride a vu surgir un flot d’eau vive. A la basilique du Saint Sépulcre, les pèlerins, en se prosternant devant le lieu sacré, sont élevés à contempler leur rachat.

À bout de souffle sur le gibet, Jésus « inclina la tête et rendit l’esprit » (Jean 19, 30). Le geste déclenche la geste du sang, de l’eau et de l’Esprit (1 Jean 5, 8) : la gestation de l’Église. Le Sauveur avait promis l’effusion intime du Vivificateur (Jean 7, 38-39). « Le Saint-Esprit est le fruit de la Croix, du don total à Dieu et du renoncement absolu à nous-mêmes » (saint Josémaria, Quand le Christ passe §137).

La liturgie admire, dans cet Arbre excellent, « le feuillage, la fleur et le fruit » (Venance Fortunat, Pange, lingua, 6e siècle) : des feuilles en remède à toute faiblesse (Apocalypse 22, 2) ; la fragrance du Cœur transpercé ; l’onction débordante du Saint Esprit, qui anime l’Église. Le nouvel arbre de vie donne accès confiant au paradis, tandis que ses racines fécondent l’histoire.

Le signe de Croix condense notre foi : « il nous dit que, dans le monde, il y a un amour plus fort que la mort, plus fort que nos faiblesses et nos péchés » (Benoît XVI, Homélie à Lourdes, 14/09/2008).

Dans la basilique Saint Clément de Rome, la rénovation du 12e siècle déploya, dans la mosaïque absidiale, une pléiade de symboles : la main du Père, qui couronne le triomphe du Prêtre souverain ; le Christ, Agneau sacrifié ; douze colombes, qui répandent l’action du Sanctificateur ; le troupeau de l’Église, née du Pasteur crucifié ; le serpent enfin battu ; les quatre fleuves qui jaillissent de l’arbre exubérant. Ses fruits remplissent l’espace. Les écriteaux proclament la gloire de Dieu et la paix du peuple réconcilié. Sainte Marie prie, offrant son Fils ; Jean montre le Transpercé.

Le drame de la Croix a eu, tout près du Sauveur, un témoin d’exception : sa mère, « associée au sacrifice, donnant à l’immolation de la victime le consentement de son amour » (Lumen Gentium §58). Son pèlerinage de foi a bien repéré les jalons de la croix. D’abord, Notre Dame fut émue par les oracles du Serviteur qui expierait pour le peuple ; à l’Annonciation, le nom « Jésus » exprimait déjà le heurt avec le péché du monde ; au temple, elle a appris son rendez-vous avec le glaive ; trente ans plus tard, elle a frémi devant l’avenir de « l’Agneau de Dieu » (Jean 1, 29). La dernière Pâque, avec l’escalade irréversible de calomnies et tortures, l’a comblée de souffrances : il n’y a jamais eu de douleur pareille (Lamentations 1, 12). Le Stabat Mater la contemple.

La foi de Marie a abouti sur un martyre intérieur de charité, qui lui a fait mériter son statut de Mère des fidèles (Jean 19, 26-27). « Cette nouvelle maternité de Marie s'approfondit définitivement au pied de la Croix, par sa participation à l'amour rédempteur du Fils » (Jean-Paul II, La Mère du Rédempteur §23). La Mère compatissante est témoin par excellence : « Nous pouvons vous appeler plus que martyre, puisque le sentiment de la compassion l'emporta si fort sur celui de la passion endurée par le corps » (saint Bernard, Sermon pour l’octave de l’Assomption, §14). Le Christ est « source et modèle de tout martyre » (Liturgie des Heures, Commun des martyrs, Prières) ; quand nous imitons sa patience, la Mère des Douleurs nous reconnaît comme fils. Elle enfin nous fera « atteindre la palme des vainqueurs » (Mémoire de Notre Dame des Douleurs, Séquence).

Dans la Passion selon saint Jean (BWV 245 §48), après la condamnation de Jésus, la basse invite à le suivre ; le chœur des âmes pieuses se questionne, inquiet et réitératif : « Vers où ? ». La réponse tombe sans équivoque : « Vers le Golgotha ! Vers la colline de la Croix, votre salut fleurit ». Le cœur du chrétien accueille la croix depuis le baptême ; il est appelé, malgré ses rugosités, à devenir un nouveau Golgotha pour hisser le rédempteur. Marie nous guide au quotidien vers ce sommet.

Abbé Antoine Fernandez