L’Opus Dei et la mortification corporelle

Le fondement de l’enseignement de l’Église sur la mortification — auquel adhère totalement l’Opus Dei — est le fait que Jésus Christ, par amour pour l’humanité, a librement accepté de souffrir et mourir (la « Passion ») pour la Rédemption et le salut du monde. Les chrétiens sont appelés à imiter le grand amour de Jésus et, entre autres choses, à le rejoindre dans ses souffrances rédemptrices. Ils sont ainsi appelés à « mourir à eux mêmes ». L’Église prescrit certaines mortifications -jeûne et abstinence de viande- pendant le Carême.

Dans l’histoire de l’Église, certaines personnes se sont senties appelées à de plus grandes pénitences, par exemple le jeûne fréquent, l’utilisation d’une haire, d’un cilice ou encore d’une discipline. Les vies de nombreux grands saints, présentés comme modèles pour les chrétiens, l’attestent : saint François d’Assis, sainte Thérèse d’Avila, saint Ignace de Loyola, saint Thomas More, saint François de Sales, le saint curé d’Ars, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et la bienheureuse Mère Teresa, et bien d’autres.

En tout état de cause, dans l’Opus Dei, on insiste davantage sur les petits sacrifices quotidiens (sourire, bien faire son travail, donner un coup de main à quelqu’un) et la pratique de la mortification n’a rien à voir avec ce qui est présenté dans le Da Vinci Code.

Le Nouveau Testament:

« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive »(Luc 9,23)

« Maintenant, je me réjouis de souffrir pour vous. Je complète dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ, pour son corps qui est l’Église ». (Épître de saint Paul aux Colossiens, 1,24)

Le Catéchisme de l’Église Catholique (1997) :

« En nous unissant à son sacrifice nous pouvons faire de notre vie un sacrifice à Dieu » (n. 2100).

« Le chemin de la perfection passe par la Croix. Il n’y a pas de sainteté sans renoncement et sans combat spirituel. Le progrès spirituel implique l’ascèse et la mortification qui conduisent graduellement à vivre dans la paix et la joie des Béatitudes ». (n. 2015)

Jean Paul II

« Lorsque l’on embrasse la croix, elle devient un signe d’amour et de don de soi total. La porter derrière le Christ signifie être uni à lui en offrant la plus grande preuve d’amour. »

Message pour la Journée mondiale de la jeunesse, 14 février 2001

Paul VI :

« La vraie pénitence ne peut être séparée de l’ascétisme physique. La nécessité de mortifier la chair est manifeste si nous considérons la fragilité de notre nature dans laquelle, depuis le péché d’Adam, la chair et l’esprit ont des désirs opposés. Cet exercice de mortification corporelle – très éloigné de toute forme de stoïcisme – n’implique pas une condamnation de la chair que le Fils de Dieu a daigné nous donner. Au contraire, la mortification vise à la libération de l’homme ».

Constitution Apostolique Pœnitemini, 17 février 1966.

Bienheureux Jean XXIII :

« Aucun chrétien ne peut croître en perfection, ni le christianisme gagner en vigueur, s’il ne s’appuie sur la pénitence. »

« En plus de supporter dans un esprit chrétien les inévitables contradictions et souffrances de cette vie, les fidèles doivent aussi prendre l’initiative en faisant des actes de pénitence volontaires et en les offrant à Dieu. En cela ils suivront les traces de notre Rédempteur qui, comme l’a dit le Prince des Apôtres, “est mort une fois pour nos péchés, Juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit.” “Le Christ ayant donc souffert dans la chair”, il n’est que juste que nous soyions “armés de cette même pensée.”

« Il est bon, également, de prendre exemple et inspiration des grands saints de l’Église. Purs comme ils l’étaient, ils se sont infligés à eux-mêmes de telles mortifications que nous en sommes presque pétrifiés d’admiration. Et lorsque nous contemplons leur saint héroïsme, ne serons-nous pas mûs par la grâce de Dieu à nous imposer à nous-mêmes quelques souffrances et privations volontaires, nous dont les consciences sont peut-être chargées d’un si pesant fardeau de culpabilité ?

« Et qui ne sait que cette sorte de pénitence est d’autant plus agréable à Dieu qu’elle jaillit, non des infirmités naturelles de l’âme ou du corps, mais d’une libre et généreuse détermination de la volonté, et qu’elle est de ce fait un sacrifice très agréable aux yeux de Dieu ? »

Encyclique Pænitentiam agere sur la pratique de la pénitence intérieure et extérieure, 1er juillet 1962.

Cardinal Joseph Ratzinger

« Il n’y a pas de véritable acceptation du primat de Dieu si ce dernier ne concerne pas aussi la corporalité de l’homme. Les deux actes centraux de la vie biologique de l’homme consistent à se nourrir et à se reproduire par l’activité sexuelle. C’est pourquoi, dès le début de la tradition chrétienne, la virginité et le jeûne deviennent des expressions indispensables du primat de Dieu, de la foi en la réalité de Dieu. Sans une expression concernant aussi le corps, il est bien difficile que le primat de Dieu demeure l’élément décisif de la vie humaine. »

Le Ressuscité, 1986, Desclée de Brouwer, p. 17-18

New Catholic Encyclopedia (2003):

« Mortification. Maîtrise délibérée des pulsions naturelles de l’homme visant à soumettre progressivement ces pulsions à la raison éclairée par la Foi et les transformer en sujets de sanctification. Jésus-Christ demandait ce renoncement si quelqu’un voulait marcher à sa suite (Luc 9,29). La mortification, ce que saint Paul appelle crucifixion de la chair avec ses vices et concupiscence (Gal 5, 24), est devenu le signe distinctif de ceux qui appartiennent au Christ.

Tous les théologiens sont d’accord sur le fait que la mortification est nécessaire pour le salut de l’homme. Fortement enclin au mal à cause de la triple concupiscence du monde, de la chair et du démon, il doit apprendre à y résister pour ne pas être conduit au péché grave. Si l’on veut sauver son âme, on doit au moins fuir toutes les occasions immédiates de péché mortel. La fuite elle-même comporte une certaine mortification. En plus de ces mortifications qu’exige la condition de l’homme, l’Église, reprenant l’insistance des Évangiles, en impose d’autres aux fidèles (préceptes du jeûne et de l’abstinence). À ceux qui sont dispensés de cette règle, pour une raison ou un autre, l’on demande de faire une autre mortification. »

Ceux qui cherchent à progresser dans la perfection chrétienne doivent se mortifier plus que les croyants ordinaires. Le Christ a fait de la Croix le prix à payer pour le suivre de près (Lc 14,33).

Depuis les débuts de l’ère chrétienne, nombreux sont ceux qui ont embrassé une vie de mortification en imitation du Seigneur. Ceux qui atteignent une grande sainteté sont constamment poussés à lui ressembler dans ses souffrances. Mais, parce que les grandes mortifications représentent un certain risque, il est conseillé de soumettre toutes les pénitences à l’approbation d’un directeur spirituel sage ».

Jordan Aumann O.P. :

« Une des plus grandes merveilles de l’économie de la grâce divine est la solidarité intime entre les peuples à travers le Corps Mystique du Christ. Dieu accepte la souffrance d’une âme en grâce qui s’offre pour le salut d’une autre âme ou pour les pécheurs en général. Il est impossible de mesurer la puissance rédemptrice de la souffrance offerte à la justice divine avec une Foi vivante et un ardent amour à travers les blessures du Christ. Quand tout vient à manquer, il y a encore le recours à la souffrance pour obtenir le salut du pécheur. Le Curé d’Ars (Saint Jean-Marie Vianney) disait à un prêtre qui se lamentait de la tiédeur de ses paroissiens et de la stérilité de son zèle : « Avez-vous prêché ? Avez-vous prié ? Avez-vous jeûné ? Avez-vous utilisé la discipline ? Avez-vous dormi sur des planches ? Tant que vous n’avez pas fait cela, vous n’avez pas le droit de vous plaindre ».

Spiritual Theology, Londres, Sheed et Ward. 1993 p. 172.